Les coliques du nouveau-né : information et témoignage

Dernière modification: 8 septembre 2008

Un texte de Valérie Millette, publié sur Doucenaissance.ca.

Valérie Millette, rédactrice parle des coliques Valérie Millette est une idéaliste. Une rêveuse terre-à-terre pour qui l’écriture et la rédaction constituent le principal exutoire. Mère de trois petites filles (11 mois, 3 ans et 5 ans), elle ne ménage pas ses efforts pour concilier cheminement professionnel et vie familiale. (suite…)

Il était 22 h, et elle pleurait à chaudes larmes depuis 18 h. Je l’avais baignée, langée, emmaillotée, allaitée et bercée. Mon conjoint, quand à lui, l’avait balancée pendant deux heures dans ses bras sur toutes les cadences possibles, il lui avait tapoté le derrière et lui avait chantonné des airs improvisés. Les lumières étaient tamisées; les bruits, réduits au minimum. Rien à faire : notre fille de trois semaines sanglotait en se raidissant les jambes, le visage rouge écarlate et les poings fermés. D’après son cri strident, il était évident qu’elle souffrait. Mais de quoi?

Je suis rédactrice. Mais je suis aussi une maman, une jeune mère rescapée des coliques du nouveau-né. En faisant mes recherches pour rédiger un article pratique sur la gestion de ce type de pleurs persistants, exaspérants et décourageants, je me suis rappelé à quel point mon conjoint et moi nous sommes sentis démunis et totalement laissés à nous-mêmes lorsque notre fille a souffert de coliques.

Deux mois et demi à nous demander ce que nous faisions de mal; deux longs mois et demi à nous faire dire : « Vous la gâtez trop! C’est pour ça, qu’elle pleure tant! ». Partager ses connaissances sur le sujet est une chose, faire part de son expérience en est une autre. Voici un peu des deux!

Qu’est-ce que les coliques?

Selon le Collège des médecins du Canada et la Société canadienne de pédiatrie, un bébé qui a des coliques pleure beaucoup plus que les autres et il est, la plupart du temps, inconsolable. Ses cris sont intenses et ils peuvent durer du matin au soir, parfois presque sans interruption. Source importante de stress et de culpabilité pour les parents, les coliques n’ont pourtant aucune incidence sur la croissance du bébé ni sur sa santé ultérieure. Généralement, elles débutent entre la troisième et la sixième semaine de vie et elles cessent vers l’âge de trois mois. Par contre, elles peuvent durer jusqu’à six ou neuf mois.

Causes : inexpliquées

Plusieurs hypothèses existent, mais rien encore n’explique clairement les coliques. Selon des études menées sur le sujet, elles peuvent être provoquées par différents facteurs reliés ou non entre eux :

- difficulté d’adaptation à la vie extra-utérine
- trop grande sensibilité aux stimuli de l’environnement
- troubles intestinaux ou gaz causés par l’ingestion d’air (donc, douleur et inconfort)
- immaturité du système digestif
- allergies alimentaires (par exemple, les produits laitiers consommés par la mère qui allaite)
- stress des parents ressentis par le bébé

On dit même que ce serait une forme normale d’expression et de communication chez certains bébés! Quoi qu’il en soit, les nourrissons souffrant de coliques n’ont, la plupart du temps, aucun problème de santé. Ce sont les parents, à vrai dire, qui en sont les vraies victimes…

À l’aide, je suis à bout!

Un nourrisson qui pleure sans arrêt depuis des heures, et ce, même s’il est nourri, changé et bercés, peut faire surgir une colère violente chez ses parents. Sans s’y attendre, ils deviennent frustrés, irrités et totalement découragés. Mon conjoint et moi sommes des personnes mentalement équilibrées. Cependant, à bout de nerfs, nous avons quelquefois ressenti une envie passagère de secouer notre fille pour la faire taire. Juste une envie brève qui nous traversait l’esprit comme une flèche, un éclair… Mais jamais nous ne l’avons fait! Les médecins insistent : il ne faut jamais secouer un bébé, même en situation d’impatience extrême. Ce geste, qui ne dure qu’une ou deux secondes, peut tuer un petit bébé.

Nous n’avons donc pas eu d’autres choix que de nous calmer, puis d’essayer d’apaiser notre fille. Pleurer un bon coup, appeler un ami ou une amie, écouter de la musique ou la télévision, faire du ménage ou aller respirer un bon coup sur le balcon sont autant de moyens que mon conjoint et moi avons utilisés pour « décompresser » quand ma fille souffrait de coliques et que personne n’était disponible pour prendre la relève quelques heures. À bout de souffle, nous la déposions dans son lit (l’endroit le plus sécuritaire pour elle, quoi!), nous fermions la porte et nous nous réfugions dans une autre pièce pour nous changer les idées quelques minutes. Elle pleurait intensément du matin au soir, il fallait bien prendre une pause!

Conseils, astuces et créativité

Pour calmer notre fille, nous avons d’abord écouté les conseils du médecin et de notre marraine d’allaitement :

  • Respecter un horaire régulier
  • Toujours faire faire un rot après un boire
  • Modifier la façon de tenir notre fille (essayer différentes façons)
  • Diminuer l’éclairage et réduire l’intensité des bruits
  • La nourrir dans le calme
  • La nourrir à la demande, question d’écarter l’hypothèse d’une poussée de croissance
  • Ne pas trop la nourrir…
  • La mettre dans notre lit pour dormir avec elle
  • Éviter de la passer d’une personne à l’autre pour ne pas l’énerver davantage
  • Rester calme et détendu autant que possible
  • Couper les produits laitiers (chez la maman qui allaite)
  • Demander de l’aide à notre famille et à notre entourage

Ces conseils étant insuffisants pour nous, nous avons ensuite recueilli des astuces auprès de nos familles et de nos amis :

  • Mettre une bouillotte (mais pas trop chaude) sur le ventre de notre fille
  • L’asseoir dans une balançoire mécanique
  • La transporter dans un porte-bébé ou une écharpe
  • Lui donner un bain chaud
  • Lui frotter le ventre
  • La promener en poussette ou en voiture
  • L’attacher dans son siège d’auto et la mettre (sous surveillance!) sur la laveuse, la sécheuse ou le lave-vaisselle en marche
  • Lui donner une tétine (une suce)
  • Lui donner un peu d’infusion d’anis (refroidie)
  • Avoir recours à l’homéopathie
  • Dormir par terre, à côté de son lit, en lui tenant la main
  • Mettre de la musique dans sa chambre

Plusieurs de ces trucs ont fonctionné, mais jamais plus d’une fois ou deux. Pour cette raison, mon conjoint et moi avons dû faire preuve de créativité pour trouver d’autres moyens de calmer notre fille. Voici ce qui fonctionnait pour nous :

  • Passer l’aspirateur avec elle dans nos bras pour l’endormir (oui, oui!)
  • Lui chanter la même chanson chaque jour
  • La sortir chez des amis ou des membres de la famille (ailleurs, nous étions plus détendus, alors elle se calmait plus vite)
  • Mettre de la musique et danser avec elle dans nos bras (elle s’endormait, même sur des airs très rythmés)
  • Se balancer avec elle dans nos bras, en transférant notre poids d’une jambe à l’autre et en fixant un point quelconque sur le mur (pour faire le vide, pour ne pas nous énerver…)
  • Changer sa couche (elle aimait ça!)
  • L’emmailloter dans une couverture et lui mettre un chapeau (pour qu’elle se sente comme dans l’utérus, serrée et bien au chaud)
  • Raconter des blagues par-dessus ses pleurs, question de dédramatiser un peu
  • R-e-s-p-i-r-e-r…

Selon la personnalité de votre bébé, certaines astuces fonctionneront plus que d’autres. Laissez aller votre imagination!

Trop gâté, ce bébé?

Les professionnels de la santé rappellent qu’on ne peut pas gâter un petit bébé en le dorlotant. Il vient de passer neuf mois dans un endroit paradisiaque où tous ses besoins étaient satisfaits sans délai. Il faut lui donner une chance!

Pour aider votre bébé à se calmer s’il a des coliques, ayez recours à des moyens qui peuvent lui procurer des sensations similaires à celles ressenties dans l’utérus : le porte-bébé ou la balançoire (pour le bercement), les bruits blancs (le silence total n’est généralement pas très fructueux), la chaleur et l’emmaillotement.

Votre allié : le temps

Souvent, malgré tous nos efforts, notre fille pleurait durant des heures. Elle hurlait et criait sans raison apparente. Nous avons même consulté son pédiatre à deux reprises dans l’étrange espoir qu’il lui trouve un problème de santé, ou plutôt, qu’il élucide le mystère de ses pleurs incessants. Pourtant, elle prenait du poids, elle ne vomissait pas, elle ne faisait jamais de fièvre et son développement était normal.

Chaque jour, chaque soir et chaque nuit, mon conjoint et moi inventions de nouvelles façons de la calmer qui ne duraient souvent qu’une fois ou deux. Et nous avons attendu… nous avons attendu que les coliques passent. Parfois sans trop grande conviction, mais attendre était la seule vraie chose que l’on pouvait faire.

Les coliques de ma fille ont miraculeusement cessé à l’âge de 2 mois, 3 semaines et 3 jours. Du jour au lendemain, ou presque, elle s’est mise à dormir paisiblement dans son lit à tout heure du jour, à rester éveillée durant de longues périodes sans pleurer, à avoir des besoins moins exigeants et même à nous faire sourire. Tous ensemble, nous avons récupéré le sommeil perdu et nous avons tranquillement appris à vivre ensemble, dans le calme et l’harmonie. Aujourd’hui, elle a trois ans et demi. C’est une petite fille brillante, charmante et pétillante de santé. Son pédiatre avait raison : les coliques n’ont laissé aucune trace sur elle. Comment se portent les parents? Nous attendons notre troisième bébé!

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